Retour sur la journée « médiateurs numériques et bibliothécaires, une collaboration en construction »

juin 19th, 20152:44 @

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2015-04-30 10.52.47La genèse

Des acteurs de la médiation numérique et de la lecture publique de Drôme et Ardèche ont organisé conjointement une journée inter-professionnelle destinée à amorcer une réflexion sur les collaborations possibles (et nécessaires) entre les animateurs multimédia (EPN : Espaces Publics Numériques) et les bibliothécaires.

A l’origine cette journée est venue d’un constat: sur le territoire de Drôme et Ardèche de nombreux EPN sont situés au sein même (ou à proximité) d’une médiathèque mais malheureusement force est de constater que les collaborations se font rares. Or, la médiation numérique et la médiation du livre ont tout à gagner à collaborer, échanger et construire des activités communes.

Le déroulement

Ce sont environ 140 participants qui ont fait le déplacement jusqu’à Romans sur Isère depuis les 4 coins de la Région et même pour certains depuis Paris (Merci à ce propos à la délégation de l’Agence du Numérique d’avoir participé et contribué à cette journée – cf conclusion).

Nous remercions tout particulièrement l’équipe de la cité de la musique pour son accueil et sa disponibilité lors de la préparation et tout au long de cette journée ainsi que l’agglomération pour la mise à disposition gracieuse de cet équipement magnifique.

Pour rappel, voici le programme de cette journée.

L’introduction : poser les bases communes.

J’ai eu le plaisir d’introduire cette journée conjointement avec Lionel Dujol. Tous deux acteurs de la médiation numérique et plus ou moins en lien (plus pour lui et moins pour moi) avec le monde de la lecture publique, nous avions pour lourde tâche de devoir poser les bases d’une connaissance commune entre les deux sphères professionnelles. Ainsi, il fut nécessaire sur ce temps de dresser un rapide historique des EPN et de leur évolution, puis d’en faire de même pour ce qui concerne les bibliothèques.
Il fut aisé après nos interventions, de constater que ces deux mondes ont connus des bouleversements et des évolutions qui les rapprochent. Nous vous proposons de (re)prendre connaissance du support diffusé lors de notre intervention.

La table ronde : regards et parcours croisés

L’objectif de la table ronde était de montrer des parcours professionnels divers et d’apporter des témoignages d’acteurs diversifiés (bibliothécaires, animateurs, animateur devenu bibliothécaire ou bibliothécaire devenu animateur… moutons à 5 pattes et à double casquette…)

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LES PARTICIPANTS

Guy Pastre – Depuis peu (très peu … 3 jours en fait!) animateur multimédia en bibliothèque Guy Pastre avait été convié à témoigner à l’origine en tant qu’animateur de la CoRAIA (Coordination Régionale de l’Internet Accompagné). Il a du répondre à une sollicitation de sa municipalité « comment répondre à un développement de l’accompagnement numérique sur le territoire ».

La bibliothèque est  un lieu d’accès à Internet et de plus en plus lieu de connexion aux savoirs et savoirs-faire.

Gregory Watremez – Animateur numérique à la médiathèque Simone de Beauvoir à Romans a pour mission d’aller à la conquête des nouveaux publics.

l’EPN comme lieu de découverte de la bibliothèque.

Christelle Huscenot– directrice de la médiathèque de Livron, à l’origine de la création de l’EPN 

les animateurs sont dépositaires du numérique dans la bibliothèque.

Renaud Chauvet – animateur numérique aujourd’hui responsable d’une bibliothèque dans l’Herault. A l’origine animateur multimédia en emploi jeune dont les missions liées au numériques étaient flou : on créait une réponse à une demande pas toujours très identifiée.

Plusieurs lieux plusieurs façons de positionner le numérique dans la collectivité, le positionnement des élus est central et déterminant 

2015-04-30 10.30.26COMMENT S’EST PASSÉE L’INTÉGRATION?

Renaud : le projet a mis 10 ans à se mettre en place entre 1999 et 2009. Beaucoup de questionnements car peu de connaissances sur les réalités les moyens, les compétences, etc. L’EPN était ainsi rattaché au service Accueil de la bibliothèque, il n’avait pas de mission dede gestion des collections physiques. Ce rattachement est symptomatique : nous sommes dans une posture d’accueil pas dans celle de la médiation au contenu. Les animateurs ont dû s’imposer dans des commissions de travail « animation » et « collections » pour convaincre des missions de médiation de l’EPN. => Donner une légitimité à l’apport des animateurs.

Gregory : a commencé en 2005 en faisant suite à Lionel Dujol qui avait déjà mis en place une visibilité des missions d’un EPN en bibliothèque. Il a des missions de gestion de l’EPN mais aussi des « fonds informatique » => intégration dans l’aspect bibliothéconomique et médiation numérique. Il participe également aux groupes de travail de la bibliothèque. Dès l’origine, l’importance de toucher des publics qui ne venaient pas à la bibliothèque a été identifié. L’EPN est un service de la bibliothèque, pas un service parallèle.

COMMENT A ÉTÉ PENSE LA CRÉATION DE L’EPN? SON INTÉGRATION?

Christelle – La création s’est faite grâce à l’opportunité offertepar des subvention d’équipement, puis a évolué grâce à un appel à projets du département, octroyant des subventions pour l’équipement (et en fonctionnement pour une aide au démarrage). Au départ pensé comme un service parallèle avec un animateur numérique en emploi jeune chargé de l’accueil mais sans intégration ne serait-ce que hiérarchique. La bibliothèque est le site où se trouve l’EPN mais l’EPN est un service municipal pas celui de la bibliothèque. Pour qu’il fonctionne il est nécessaire de mettre en place les missions, de se faire connaître, etc… ce qui est incompatible avec des missions de bibliothécaire. Leur intégration est dans leur rôle d’animateurs il ne peuvent être également sur un appui à la gestion des collections ou autres actions de bibliothécaire. Utilisation d’un savoir-faire qui n’est pas le notre.

Guy – C’est une commande de la commune = développer un service municipal qui se trouve dans la bibliothèque (comme Livron-Loriol). Ma mission est de trouver les passerelles entre les bibliothécaires et cet EPN. La problématique du numérique n’est pas propre aux bibliothèques, elle existe dans d’autres structures comme les centres sociaux, MJC, etc.

Renaud – Au départ j’étais perçu comme un geek, puis un gestionnaire de collection informatique comme Gregory. Petit à petit on apprivoise le bibliothécaire on légitime ce qu’on apporte à la bibliothèque. A partir du moment où on anime et rend les usagers acteurs, l’animation culturel est un apport fort.

Amélie Turet (Agence du numérique): Il existe de nombreuses expériences dans les bibliothèques où il existe une logique d’animation : scénarisation des jeux vidéo ou heure du conte numérique par exemple.

La médiathèque est dans son microcosme : on ne travaille pas toujours avec les structures à côté. (Exemple de bibliothèques qui créent un EPN en leur sein alors qu’un EPN existe déjà sur le territoire. Les EPN peuvent entrer en concurrence, la bibliothèque met en place des ateliers gratuits et met en difficulté l’EPN d’à côté. On n’est pas toujours amené à faire tout soi-même quand on peut bénéficier des compétences d’une structure proche, cf. carto des EPN.

QUELLES SONT LES COMPETENCES ?

lorsque l’animateur n’est pas dans son EPN, il n’y a plus la compétence qui va avec : les bibs font de l’accueil. Comme en témoigne une salariée d’une petite structure : le bibliothécaire n’a pas le temps pour à la fois gérer et mettre en valeur ses collections et en plus faire de la veille, scénariser des projets, etc. l’animateur a un savoir-être dans une société connectée et savoir-faire notamment pédagogique.

Christelle : les compétences essentielles relèvent de l’animation de groupe ,être capable de former et se former, personnaliser les animations en fonction des attentes du public. Ce sont des compétences humaines qui ne sont pas forcément les compétences du bibliothécaire.

Guy : il n’y a pas de modèle standard des animateurs. (Pas de terme multimédia ou numériques mais animateur socio-numérique). Il relève la difficulté de définir un métier alors qu’il répond à des aspects très différents => ce n’est pas un métier mais une posture commune à de nombreux métiers dont le bibliothécaire. Cependant, il est essentiel d’assurer une culture numérique commune, de base et donc d’assurer un accompagnement aux bibliothécaires ( Romans a proposé le passnum aux bibliothécaires)

L’animateur est référent sur un territoire avec beaucoup d’acteurs : éducateurs, enseignants, bibliothécaires …c’est un agent de développement local et pas seulement autour de la médiation numérique, mais il est vu en bibliothèque comme gérant des collections numériques.

Renaud : les bibliothécaire ont tendance à sacraliser de l’objet (collections) là où le numérique dépasse l’objet pour se concentrer sur les usages (logique abordée dans le manifeste de l’UNESCO de 1994 bien avant Internet en bibliothèque) => logiques différentes.

Lionel : dans la filière professionnelle on n’a pas intégré ce nouveau métier: l’animateur doit passer un concours de bibliothécaire, d’animateur voire de technicien. => est-ce un nouveau métier qui entre dans les bibliothèques ou de nouvelles compétences dans la fonction de bibliothèque ?

Netpublic : Quelle légitimité de l’animateur numérique quand on s’adresse à des cadres A ou directeurs de structures alors qu’on est C ? Donc dans le public valoriser le statut d’animateur est important. A l’époque des emplois jeunes, certains ont été des hackers et électrons libres qui ont explosé ce schéma. Être emploi jeune et s’affirmer sur tous ces enjeux avec ce statut n’est pas simple : on doit casser les barrières notamment pour convaincre et donner de la légitimité. On demande beaucoup aux animateurs : mobilité, capacité de culture générale sur tous les enjeux du numérique, capacité de s’adapter et former de l’individuel et du groupe, créer des contenus qui répondent à des enjeux socio-culturels, et avoir une compétence humaine pour tout cela.

=> La notion de statut est fondamentale.

Témoignage d’un animateur numérique sur Grenoble : pas technicien, pas bibliothécaire, certains collègues sont plus compétents techniquement que moi mais j’ai un savoir-faire en terme d’accompagnement. Parfois je réponds à une question qui parfois se traite sur des supports ou des contenus numériques => je ne me ne considère pas comme médiateur informatique mais comme bibliothécaire qui accompagne le public sur des enjeux de service public.

Il y a un vrai problème de la formation initiale trop spécialisée dans un domaine. L’enjeu relève de la formation continue (s’adapter aux mutations) mais aussi des recrutements – a-t-on besoin d’animateurs numériques ou de bibliothécaires? Ce dernier qui fait un accueil de classe n’a pas été formé pour et il le fait. On veut le mouton à 5 pattes autant chez les animateurs numériques que chez les bibliothécaires.

Christelle : en 2015 on se pose toujours la question de la légitimité des animateur et de la nécessité de leur présence en bibliothèque!!??. La réponse est oui. Maintenant comment co-construire ? Il faut s’appuyer sur les compétences des uns et autres et pas fusionner un biblioaninumeducprof. La polyvalence existe bien sûr chez les animateurs mais chacun ses savoirs-faire plutôt que de vouloir être tout et mal.  

L’exposition

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Les participants ont pu découvrir une exposition traitant la question de la prévention autour des usages numériques. Imaginé par les animateurs de l’EPI LILO et mise « en musique » par une artiste. Pour mieux la découvrir et la replacer dans son contexte Jessica LABANNE et Jean-Claude BONDAZ nous la présente, voici le support de cette intervention.

La foire aux projets

Après un déjeuner convivial et au soleil, l’après midi était consacrée aux projets menés dans les structures. de la bibliobox à la réalité augmentée, tour d’horizon…

 

  • La bibliobox par Carole Dugy (BM Lyon)image-2

Présentation avec liens cliquables de la Bibliobox à la bibliothèque de Lyon Part-Dieu qui permet de distribuer des documents libres (films, livres, musique, créations d’ateliers numériques) et d’échanges avec les usagers.

 

  • Les voyageurs du code par Barnabé Louche (bibliothèques sans frontière)

  • Le hackathon Par Antoine Fauchier (ARALD)

 

  • La réalité augmentée par Valérie Pauchard et Guilia Passelergue (Valence Agglo)

 

Pas de support type diaporama, elles ont en effet montré les applications sur tablettes au fur et à mesure de leur intervention
Définition : La réalité augmentée c’est combiner une réalité (un livre, une feuille de papier avec un dessin, un jeu en 2D) et des données virtuelles (l’application, ou un logiciel) en temps réel (sous vos yeux). Elle permet d’être interactive.Grâce à la réalité augmentée des objets, des personnages peuvent s’animer.

  1. Colarmix : coloriage de dessins trouvés sur le site internet de colarmix. Suivant l’âge, le dessin choisi et l’application des personnes le temps de coloriage peut varier entre 30 et 40 min. Une fois le coloriage terminé, on lance l’appli au-dessus du dessin et le dessin se met en réalité augmentée, on va pouvoir interagir sur les éléments (Ex : feux d’artifice qui vont s’élever dans les airs et explosés)
    Public visé : Intergénérationnel
    Durée de l’intervention : 1 heure (temps de coloriage compris)
    Durée de préparation : Téléchargement de l’appli, des dessins spécifiques liés à l’application 10 – 15 dessins gratuits On peut acheter des livrets supplémentaires entre 2 et 3 euros suivants le nombre de pages.
    Contraintes : Problème d’installation lié au lieu (proxy pour les médiathèques). Nécessité pour les personnes qui vont inscrire les enfants de bien connaître l’appli et de savoir expliquer ce qu’il en est (surtout si ce n’est pas elles qui mènent l’atelier). En effet, difficile d’inciter les personnes à s’inscrire si on n’est pas capable de décrire en quoi consiste l’atelier.URTOUT, ne pas utiliser le terme REALITE AUGMENTEE pour le public, cela ne leur parle pas.
    Avantages : Une fois installée, plus de souci majeur
    Aspect financier :Achat de certains livrets entre 2 et 5 € en fonction du nombre de pages.
    Matériel : 1 imprimante, avoir des crayons de couleurs ou feutres. Tablette ipad ou android
  2. Les fantastiques livres volants de Morris Lessmore
    Public visé : public familial`
    Durée de l’intervention : 20 minutes
    Durée de préparation : Longue car il faut s’approprier de l’histoire et prendre le temps de vérifier les pages qui proposent de la réalité augmentée ou pas, apprendre à se positionner sur la page pour que ça marche, bref il faut un peu d’entraînement. Pour être performant, il faut bien 2 à 3 heures.
    Contraintes :
    – câblage
    . Un câble qui relie la tablette au projecteur, un autre pour les enceintes. Il s’avère difficile de manipuler la tablette sans perdre la connexion
    – Proxy. problème d’installation, de mise à jour,…Le proxy est une vraie entrave pour réaliser le téléchargement des applis en toute sérénité. En plus La bande wifi dans les médiathèques de Romans n’est pas toujours performante. Ce travail est souvent réalisé chez soi sur un temps personnel.
    Avantages :C’est une appli qui est simple à utiliser car il faut juste poser la tablette sur la page et l’histoire prend vie. Il y a peu peu à toucher, rien à déplacer pour interagir avec l’histoire. Une fois installée, plus de soucis majeurs. L’appli marche sans l’interruption due par exemple aux publicités, il n’y a pas besoin de connexion internet.
    Aspect financier: livre 13 € et l’appli entre 0,89 € et 4,49 (le prix change en fonction des promos,…)
    Matériel: grand écran ou vidéoproj, tablette ipad ou android, câbles, enceintes
    Conclusion:
    Il faut préciser que même si ces applications qui utilisent la réalité augmentée sont vraiment spectaculaires, elles ne représentent qu’une partie infime des applications qui intéressent le public. L’offre en applications jeunesse est vraiment très riche. On trouve de plus en plus des superbes applications jeunesse liées aux albums jeunesse ou encore crée par des illustrateurs jeunesse.
  • Les animations autour du jeu vidéo (par les animateurs des bibliothèques de Valence-Romans Sud Rhône-Alpes)

 La Conclusion (Par Amélie Turet et Pierre Perrez – Agence du numérique)

Il existe une forte problématique d’éducation de la société sur le numérique. Rapprocher les EPN et les bibliothécaires correspond à un besoin, une attente.
Certains signes sont encourageants, ainsi un parcours de formation destiné aux fonctionnaires sur le numérique est en cours d’élaboration par le CNFPT.
Nous constatons également une certaine conscientisation citoyenne des enjeux du numérique dans la société, c’est pourquoi les bibliothèques ont un rôle à jouer pour faire participer les usagers dans la réflexion autour du numérique.
Afin de mieux valoriser les EPN et les médiateurs numériques, un réseau national est en cours d’élaboration, de structuration.

L’e-inclusion est essentielle et doit être un chantier commun, partagé par tous, afin que chacun puisse s’épanouir dans la société de demain.

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Pour terminer, suite aux retours des participants et des débats tout au long de la journée, il semble nécessaire que cette rencontre soit un début pour une plus vaste collaboration, des échanges à venir.

Nous envisageons de créer une seconde journée dédiée davantage à la démonstration, pour que chacun puisse repartir avec des projets quasi « clé en main ».

Voir aussi

Un article de retour écrit par Loïc Gervais (Thonon)

La journée vue par les participants via twitter